RJPA MGF-ME

LES MUTILATIONS GENITALES FEMININES

Introduction

L’excision ou la circoncision féminine (CF) ou ablation génitale féminine (AGF), est une appellation  pour désigner  une pratique traditionnelle qui consiste  à enlever  tout ou partie  des organes génitaux externes féminins

Selon l’OMS, les MGF recoupent, «toutes les interventions aboutissant à une ablation totale ou partielle des organes génitaux de la femme et/ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques ».

 L’excision un problème de santé publique

Aujourd’hui, selon les estimations de l’OMS, entre 100 et 140 millions de femmes et de fillettes dans le monde auraient subi des mutilations génitales.

Des estimations fondées sur les données les plus récentes en matière de prévalence montrent qu’en Afrique, 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans vivent actuellement avec les conséquences de mutilations sexuelles féminines. Toujours en Afrique, on estime que 3 millions de filles par an risquent de subir ce type de mutilations.

Des estimations fondées sur les données les plus récentes en matière de prévalence montrent qu’en Afrique, 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans vivent actuellement avec les conséquences de mutilations sexuelles féminines. Toujours en Afrique, on estime que 3 millions de filles par an risquent de subir ce type de mutilations. La pratique de l’excision est plus répandue en Afrique (28 pays) et plus particulièrement en Afrique de l’Ouest.

Au Sénégal, selon l’EDS Version 2018 la pratique de l’excision affecte la vie de 23% des femmes de 15 à 49 ans et 14%  des filles de 0 à 14 ans (environ 9 % ont subi l’excision avant 1 an et 5 % entre 1 an et 14 ans.) Avec des disparités selon l’ethnie, la région et le lieu de résidence.

Les régions les plus  touchées sont:

15 à 49                                                                                           0 à 14ans

  • Nord (31,5%)             Nord (29%)                                                      
  • Ouest (17%) Ouest (5%)
  • Centre (5,4%) Centre (1,4%)
  • Sud (73%) Sud (42,5%)

Les ethnies les plus concernés par la pratique pour les femmes :

     15 à 49ans                                                                                                0 à 14ans

  • Mandingues /Socé (67%)                    Mandingues/ Socé (35,6%)
  • Soninkés (64%) Soninkés (26%)
  • Pulaar (52%)                                         Pulaar (33%)
  • Diola (49%) Diola (22%
  • Wolof et Serere (-1%) Wolof et Serere  (-0,5%)
  • Autres non sénégalais (43%) Autres non sénégalais (20,6)                                   

L’excision est responsable  de 1% des dépenses en santé publique des femmes âgés de 15 à 49ans

Les mécanismes de lutte pour l’abandon des MGFs

L’objectif majeur de la politique du gouvernement en matière de protection de l’enfant et de la femme constitue l’Abandon de l’excision. C’est pourquoi différents mécanismes ont été mis sur pied pour lutter contre cette pratique en atteste l’adoption loi 99-05 interdisant cette pratique.

Malgré  l’existence de la loi réprimant les MGF, dans certaines zones notamment dans le sud du pays (Kolda, Sédhiou, Vélingara), dans la région de Thiès plus précisément à Mbour, et dans la  région nord (Matam- Podor)  certaines ethnies continuent  toujours à pratiquer l’excision

Ce pendant avec toutes les complications graves que peuvent générer l’excision il devient impératif de renforcer l’information en direction de toutes les catégories sociales concernées

Les conséquences des mutilations génitales

Les mutilations Génitales Féminines ont des Conséquences néfastes et peuvent entrainer parfois la mort des victimes.

  • Avant l’acte:
  • des perturbations psychologiques et psychosociales à type de peur, d’anxiété, d’inquiétude qui affectent l’enfant et toute sa famille
  • Pendant l’acte/ les conséquences Immédiates
  • Douleur

Vulve : région du corps très vascularisée et très innervée, particulièrement au niveau du clitoris.

Section du clitoris et des petites lèvres entraîne une douleur très intense, intolérable, voir syncopale.

Accompagnée de peur, d’angoisse et parfois d’un grave état de choc vagal

  • Hémorragies

Apport du sang est très important dans le fonctionnement de l’organisme

Sang apporte à tous les organes l’oxygène et les nutriments nécessaires à son fonctionnement.

Quantité de sang est limitée  dans l’organisme, une hémorragie est d’autant plus grave chez l’enfant et  met en danger sa vie 

  • Infection

L’excision est souvent pratiquée dans des conditions précaires où les mesures d’hygiène sont quasi absentes. Ce qui cause le plus souvent d’énormes complications :

  • Contact des microbes avec la plaie peut occasionner les maladies comme

             – le tétanos,

             – l’hépatite B,

             – le Sida

  • la victime peut en mourir immédiatement ou plus tard  car la diffusion des infections peut s’étendre et générer des septicémies qui, sans traitement adéquat, peuvent évoluer vers la mort.
    • Complications gynécologiques:

 Excision  et Infibulation sont à l’origine d’infections multiples, vulvaires, urinaires et gynécologiques, ces dernières pouvant entraîner des complications gynécologique à type de :

  • Stérilité par accolement de la paroi utérine ou obstruction des trompes.
  • Douleur pelvienne chronique découlant de la chronicité de l’inflammation des organes génitaux internes
  • Obstruction de la vulve par fermeture totale de la paroi vaginale (hématoscopes) suite à une cicatrisation imparfaite ou anomale entraînant des chéloïdes, des kystes dermoides.
  • Infibulation, la vulve est remplacée par une cicatrice fibreuse dure où on ne retrouve qu’un minuscule orifice destiné à l’écoulement des urines et du sang des règles.
  • L’ouverture est si étroite qu’elle ne permet pas un rapport sexuel
  • Intervention peut entraîner des lésions des organes de voisinage ou une cicatrisation imparfaite laissant des séquelles
  • Complications obstétricales
  • La pratique de l’excision peut être responsable de complications pendant et après l’accouchement.
  • Risques de césarienne et d’épisiotomie pendant l’accouchement sont plus grands du fait de la durée prolongée du travail conséquence de la survenue d’une souffrance fœtale ou la survenue de fortes hémorragies.
  • Les fistules vésico-vaginales provoquées par l’opération destructrice du vagin amènent une incontinence ultérieure,
  • Chez les primipares excisées, le risque de déchirure du périnée est de 1,5 fois plus élevées. Il en est de même pour les hémorragies pendant l’accouchement
  • La gravité de ces complications augmente avec l’étendue de l’excision. Référence (OMS 2010)
  • L’excision est également un problème grave pouvant affecter la santé de l’enfant
  • L’excision peut être responsable de souffrance fœtale et du décès de l’enfant dans le ventre de sa mère, du fait de la lenteur du travail et du défaut d’expulsion.
  • Selon une étude réalisée par le CEFOREP et l’OMS, les femmes excisées courent deux fois plus de risque de faire des mort-nés macérés, et 3 fois plus de risque de faire des mort-nés frais.
  • Le taux de mortalité est élevé chez les enfants issus de mères excisées : 66% de réanimation néonatale
  • Beaucoup de nouveau-nés meurent pendant et immédiatement après l’accouchement : 15% dans l’excision de type I, 32% dans le type II et 55% dans le type III, (Aide-mémoire N0 241 OMS 2010)

Troubles de la vie sexuelle

  • La vie sexuelle fait partie intégrante de ce qui contribue à l’épanouissement du couple.
  • L’excision peut constituer un obstacle à l’épanouissement sexuel du couple.
  • L’infibulation est le plus important facteur de risque pour le manque de plaisir sexuel, elles courent 8,2 fois plus de risque de ne pas avoir de plaisir sexuel par rapport à la femme non excisée.
  • Ces problèmes d’épanouissement sexuel peuvent être à l’origine de divorce, de rejet, de stigmatisation, d’instabilité, fistules, chéloïdes, dysménorrhée (règles douloureuses), dyspareunie (rapport sexuel douloureux)

Les dispositifs Politiques et Juridiques pour lutter contre l’excision

Le Sénégal a ratifié l’essentiel des conventions et déclarations internationales protectrices des droits des femmes dans ce monde :

Sur le plan international

  • La déclaration des droits de l’homme et du Citoyen de 1789, La DUDH de 1948,
  • Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) décembre 1966
  • La CEDEF de 1979 et son protocole
  • la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant de Novembre 1989
  • Les Déclarations des Nations Unies sur l’Elimination de la violence contre les femmes de 1983
  • La plateforme de BEIJING de 1995, du millénaire (OMD) de 2000, sur l’égalité des hommes et des femmes en

Sur le plan régional

  • la Charte Africaine Des droits de l’Homme et des Peuples de 1981
  • le Protocole additionnel à la Charte africaine des droits de l’homme dit protocole de Maputo de 2003
  • la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant de Juillet 1990 Afrique d’Addis ABEBA, adoptée en juillet 2004, celle de Maputo et son plan d’action 2006
  • les Résolutions 67-146 décembre 2012 et 69/ 150 du 18 Décembre 2014 intensification de l’action mondiale visant à éliminer les MGF

Le cadre juridique national

Dans la constitution:

Dans son préambule « AFFIRME : son adhésion à la DDH, aux instruments internationaux adoptés par l’Organisation des Nations Unies et l’Organisation de l’Unité Africaine, à la CEDEF du 18 décembre 1979, la CDE du 20 novembre 1989 et la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples »

Article 1 alinéa 1er

La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances.

Article 7 alinéa 4

Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Les hommes et les femmes sont égaux en droit.

Article 17 L’Etat garantit aux familles en général et à celles vivant en milieu rural en particulier l’accès aux services de santé et au bien être

  • Loi 99-05 du 29 janvier 1999 modifiant le code pénal

Article 299 bis du CODE PENAL

Sera puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans quiconque aura porté ou tenté de porter atteinte à L’intégrité de l’organe génital d’une personne de sexe féminin par ablation totale ou partielle d’un ou Plusieurs de ses éléments, par infibulation, par insensibilisation ou par un autre moyen. La peine maximale sera appliquée lorsque ces mutilations sexuelles auront été réalisées ou favorisées Par une personne relevant du corps médical ou paramédical. Lorsqu’elles auront entraîné la mort, la peine des travaux forcés à perpétuité sera toujours prononcée.

Sera punie des mêmes peines, toute personne qui aura par des dons, des promesses, influences, menaces, intimidations, abus d’autorité ou de pouvoir, provoqué des mutilations sexuelles, ou donné les instructions pour les commettre.

Sur le plan institutionnel

Adoption de plans d’actions: ’accélération de l’abandon de l’excision,

SNEEG,

Sur le plan Sanitaire

PNDSS,

Conclusion :

La responsabilité des gouvernements devrait être d’assurer l’intégrité mentale et physique des femmes et des fillettes, promouvoir l’abandon des MGF / excision devrait faire partie intégrante d’une approche globale de protection des femmes contre la violence et d’affirmation de leur statut d’égalité au sein de la société. Quelques soient les moyens financiers ou matériels utilisés, la réparation des  dégâts occasionnés par l’excision ne sera jamais parfaite.