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Mariages d’Enfants (ME)

Mariage d’enfant Qu’est-ce que le mariage d’enfants ? Le mariage d’enfants est un mariage dans lequel au moins un des conjoints a moins de 18 ans. La simplicité de cette définition dissimule une réalité bien plus compliquée. Les termes « enfant » et « mariage » sont parfois interprétés différemment. « Tout être humain âgé de moins de 18 ans » est la définition reconnue sur le plan international d’un enfant, énoncée par la Convention des droits de l’enfant, l’un des traités les plus universellement approuvés et largement ratifiés de l’histoire. C’est aussi la définition légale qui est utilisée dans la plupart des régions du monde. Toutefois, dans quelques pays, l’âge adulte, ou l’« âge de la majorité », peut être atteint avant 18 ans. (La Convention relative aux droits de l’enfant prévoit une exception pour les lois nationales reconnaissant un âge de majorité plus précoce.) Certains pays et cultures considèrent l’âge adulte comme un statut que l’on acquiert par le mariage, par exemple, les pays où l’on définit la majorité à 18 ans et plus, et où toute femme mariée est considérée comme étant majeure. D’autres pays imposent un âge minimum du mariage plus élevé, comme le Népal, où la loi impose d’avoir au moins 20 ans pour pouvoir se marier. La notion de mariage diffère elle aussi : le mariage peut être formel ou informel, régi par le droit civil, le droit commun ou le droit religieux, ou peut simplement être une coutume. Par ailleurs, dans beaucoup de pays, il arrive que les mariages soient reconnus par la communauté sans aucun enregistrement légal. Les mariages peuvent être prononcés lors de protocoles, mais il arrive qu’il n’y ait aucune cérémonie ou action légale. Dans les pays interdisant le mariage polygame, les deuxièmes et troisièmes mariages ont souvent lieu sans enregistrement légal. Les études les plus poussées tentent de prendre en compte cette variable pour quantifier le mariage d’enfants. Les enquêtes en grappes à indicateurs multiples (Multiple Indicators Cluster Surveys) et les enquêtes démographiques et de santé (Demographic Health Surveys), par exemple, recueillent des informations sur la date et l’âge auxquels une femme ou un homme a commencé à vivre avec son époux/épouse ou partenaire. Indépendamment de ces différentes définitions, le mariage d’enfants est une grave violation des droits fondamentaux qui met directement en péril la vie, la santé, la sécurité et l’éducation des filles comme des garçons, et qui limite leurs perspectives d’avenir. Quelle est la différence d’âge moyenne entre une enfant et son mari ? Les enfants qui sont mariés (et il s’agit majoritairement de filles) le sont souvent à des personnes bien plus âgées. Les jeunes filles sont généralement plus vulnérables et moins disposées à faire valoir leurs besoins et leurs désirs. Les enquêtes démographiques et de santé (outils permettant de rassembler des informations essentielles sur la santé et les populations) parviennent même à repérer les différences d’âge entre les jeunes filles et leurs époux. Ce renseignement est un des facteurs servant à évaluer le bien-être des filles dans une communauté. Néanmoins, le mariage n’est pas toujours l’union d’une jeune fille et d’un homme beaucoup plus âgé. Dans certaines communautés, il est coutumier de marier des enfants du même âge. Il arrive que des adolescents se marient de leur plein gré (contractant ainsi des « mariages d’amour »), pour former des unions qui sont interdites par leur famille. De tels mariages peuvent mettre ces adolescents en danger en les exposant à de la violence vengeresse. De plus, il est fréquent que les jeunes mariés s’enfuient loin de chez eux ou manquent de soutien économique ; ils doivent ainsi faire face à des risques économiques et sociaux. Quelles sont les conséquences du mariage d’enfants ? Le mariage d’enfants porte atteinte aux droits des enfants et met en péril leur vie et leurs perspectives d’avenir. Tout d’abord, le mariage d’enfants prive l’enfant du droit de choisir (librement, sans coercition ni crainte) avec qui se marier et quand se marier. C’est pourtant l’une des décisions les plus importantes de la vie. Il existe d’autres conséquences. Une enfant mariée est plus susceptible de tomber enceinte avant que son corps n’ait atteint une maturité complète, augmentant par la même occasion les risques de mortalité et de morbidité maternelles et néonatales. Dans les pays en voie de développement, neuf accouchements sur dix chez les adolescentes se produisent dans le cadre d’une union ou d’un mariage. Dans ces pays, où l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive est généralement faible, les complications de grossesse et d’accouchement peuvent être mortelles. En réalité, à l’échelle mondiale, ces complications constituent la principale cause de décès chez les adolescentes. Les enfants mariés sont également vulnérables aux infections sexuellement transmissibles (IST), y compris le VIH. Ce problème est notamment dû au fait que les filles qui ont abandonné l’école sont plus susceptibles d’être mariées et ont moins de chances d’apprendre les différentes manières de se protéger contre les IST et les grossesses non désirées. Les enfants mariées sont particulièrement vulnérables aux abus. Elles sont moins en mesure de faire valoir leurs propres intérêts et moins à même d’échapper aux relations abusives. La maladie mentale est fréquente chez les enfants mariées, en raison notamment de la violence qu’elles subissent. En outre, par rapport aux femmes qui se marient plus tard, les filles qui se marient jeunes pensent plus souvent que la violence conjugale est justifiée. Les filles mariées sont rarement scolarisées, car on s’attend à ce qu’elles s’acquittent d’importantes responsabilités ménagères. Leur potentiel d’avenir s’en trouve ainsi limité, ce qui compromet d’autant plus les chances de leur famille de sortir de la pauvreté. Le manque d’éducation et d’émancipation signifie également que les jeunes filles sont moins à même de défendre le bien-être de leurs propres enfants. Le taux de mortalité est beaucoup plus élevé chez les enfants d’enfants mariées ; leurs résultats nutritionnels sont préoccupants et leur éducation est insuffisante. En somme, le mariage d’enfants a des répercussions énormes sur la société, la main-d’œuvre et l’économie, et cette perte traverse les générations. Le mariage d’enfants est-il légal ? Le mariage d’enfants est interdit presque partout dans le monde. Deux des accords relatifs aux droits fondamentaux les plus largement approuvés dans le monde, à savoir la Convention relative aux droits de l’enfant (CRC) et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), traitent du mariage d’enfants. La CRC établit la définition de l’enfant, reconnue dans le monde entier, et énonce les droits des enfants à la santé, à l’éducation, à la protection contre la violence et à la protection contre l’exploitation et les abus sexuels. Tous sont bafoués par le mariage d’enfants. « Les fiançailles et les mariages d’enfants n’ont pas d’effets juridiques et toutes les mesures nécessaires, y compris des dispositions législatives, sont prises afin de fixer un âge minimal pour le mariage et de rendre obligatoire l’inscription du mariage sur un registre officiel. » Ensemble, ces traités ont été signés ou ratifiés par tous les pays, excepté un. Certaines législations nationales permettent néanmoins des interprétations différentes de ce principe reconnu. Beaucoup de pays autorisent des exceptions lorsque l’accord parental est donné ou conformément au droit religieux ou coutumier. Même dans les pays interdisant explicitement le mariage d’enfants, l’application de cette loi peut se révéler compliquée, puisque de nombreux mariages d’enfants (et même de nombreux mariages en règle générale) ne sont pas légalement enregistrés. L’UNFPA collabore avec les gouvernements pour mettre en place des lois, des politiques et des mécanismes de contrôles plus rigoureux, dans le but d’éradiquer le mariage d’enfants. L’UNFPA travaille aussi avec des hommes, des femmes et des jeunes, y compris des adolescentes, pour s’attaquer aux causes profondes du mariage d’enfants, qui perpétue la pauvreté et les inégalités entre les sexes. L’UNFPA soutient aussi les jeunes filles mariées, en particulier en leur apportant des services dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive et des services essentiels pour lutter contre la violence sexiste. Convient-il de s’ingérer dans les traditions religieuses ou culturelles d’autres pays portant sur le mariage d’enfants ? Aucune tradition religieuse notable ne prône le mariage d’enfants. Et pourtant, ce phénomène persiste dans de nombreuses cultures et religions. Il serait toutefois erroné de dire que le mariage d’enfants offre une garantie de protection, que la pratique soit culturelle ou religieuse. Une très grande majorité des gouvernements du monde entier ont, de manière totalement indépendante, décidé de reconnaître le mariage d’enfants comme une grave violation des droits de l’homme. Dans les endroits où le mariage d’enfants persiste, les preuves de ses ravages suffisent généralement à convaincre les décideurs politiques, les dirigeants, les chefs religieux et les parents. À vrai dire, les exemples de chefs culturels et religieux condamnant fermement le mariage d’enfants sont nombreux. Pour autant, les interdictions en elles-mêmes ne suffisent pas toujours ; le mariage d’enfants dérivant souvent de l’impossibilité de faire des choix et étant perçu comme étant la norme, il est nécessaire d’offrir aussi des alternatives aux familles et aux communautés. Que peut-on faire pour éradiquer le mariage d’enfants ? Les lois interdisant le mariage d’enfants doivent être adoptées, renforcées et appliquées. Il est également primordial d’accorder plus d’attention aux lois connexes telles que celles relatives au prix de la fiancée, au viol conjugal, à l’enregistrement des naissances et des mariages, et à la scolarisation obligatoire. Mais les lois à elles seules ne suffisent pas. Fondamentalement, il est indispensable de réduire le fossé des inégalités hommes-femmes. Lorsque l’éducation des jeunes filles est considérée comme aussi valable que celle des garçons, et lorsque les communautés, tant d’hommes que de femmes, accordent autant d’importance aux perspectives d’avenir des filles qu’à celles des garçons, alors l’option du mariage d’enfants est moins envisagée. De plus, lorsque les jeunes disposent d’informations sur leur santé sexuelle et reproductive, lorsqu’ils sont en mesure de décider librement et de manière responsable de leur sexualité, sans contrainte, discrimination ni violence, ils sont moins enclins à se marier avant l’âge de 18 ans. Par ailleurs, lorsque les familles se trouvent dans une meilleure situation, elles sont moins enclines à opter pour le mariage d’enfants. Les familles, y compris les filles, doivent être en mesure de vivre en paix et de se déplacer en toute sécurité. La pauvreté extrême, qui est la raison de tant de mariages d’enfants, doit être éradiquée. Il convient notamment de mettre en place des dispositifs de protection sociale pour les jeunes filles et leur famille, et de leur garantir un meilleur accès à l’éducation, aux services de santé et aux perspectives économiques. Lorsqu’elles sont conscientes de leurs droits et ont accès aux bonnes informations et opportunités, les jeunes filles peuvent jouer un rôle essentiel dans l’éradication du mariage d’enfants. L’UNFPA a constaté que lorsque l’on donne aux jeunes filles les capacités de faire valoir leurs intérêts, elles sont à même de convaincre leur famille de repousser, voire d’annuler, leurs fiançailles. Elles peuvent alors continuer leur parcours scolaire, acquérir des compétences et aider financièrement leurs familles. Beaucoup d’entre elles ont été inspirées à un point qu’elles sont devenues des défenseuses et des dirigeantes au sein de leur communauté. L’UNFPA et ses partenaires travaillent désormais pour amener ces changements aux jeunes filles les plus vulnérables. Le Programme mondial d’intensification de l’action visant à éliminer le mariage d’enfants de l’UNFPA et de l’UNICEF (UNFPA-UNICEF Global Programme to Accelerate Action to End Child Marriage) aide des jeunes filles dans douze pays d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient, et mobilise un mouvement mondial contre le mariage d’enfants. En plus de renforcer l’accès des filles à l’éducation et à des services de soins de santé, ce programme informe les parents et les communautés sur les conséquences du mariage d’enfants. Il contribue également à mettre en place un environnement juridique et politique plus favorable aux filles, et génère des données sur ce qui fonctionne dans la lutte contre le mariage d’enfants et le traitement des problématiques connexes telles que la grossesse chez les adolescentes, la violence sexiste et le VIH. Quelle est la différence entre mariage d’enfants, mariage précoce et mariage forcé ? On entend parfois l’expression « mariages d’enfants, précoces et forcés ». Celle-ci donne l’impression qu’il s’agit de termes distincts. En réalité, leurs significations se chevauchent. Le mariage d’enfants et le mariage précoce renvoient pratiquement à la même notion : un mariage dans lequel au moins un des conjoints a moins de 18 ans. Cependant, le mariage précoce est parfois utilisé pour décrire un mariage dans lequel au moins un des deux conjoints a 18 ans ou plus, mais voit sa capacité d’accorder son consentement compromise. Par exemple, serait considéré comme précoce le mariage d’une jeune fille de 19 ans qui n’est ni physiquement ni émotionnellement mature ou qui ne dispose pas d’informations suffisantes sur ses choix. Le mariage forcé est un mariage dans lequel au moins un des deux conjoints ne donne pas son consentement libre et entier, et ce, quel que soit son âge. Le mariage forcé peut également désigner une union dans laquelle au moins un des deux conjoints est incapable de quitter l’autre ou de mettre un terme au mariage. Étant donné que, dans la plupart des pays, un enfant n’est pas considéré comme étant capable de donner un consentement légal, tout mariage d’enfants est parfois considéré comme un mariage forcé. Il arrive néanmoins souvent que deux adolescents âgés de moins de 18 ans se marient volontairement. Quel est le lien entre la grossesse à l’adolescence et le mariage d’enfants ? Dans les pays en développement, environ 90 % des adolescentes (jeunes filles âgées de 15 à 19 ans) qui accouchent sont déjà mariées. Cela signifie que le mariage d’enfants est souvent précurseur de grossesse précoce, ce qui crée un certain nombre de risques pour la santé des jeunes filles dont le corps n’est peut-être pas encore assez mature pour supporter une maternité. À l’échelle mondiale, les complications liées aux grossesses et aux accouchements constituent la première cause de décès chez les adolescentes. Dans certaines régions, c’est l’inverse. Alors que la plupart des grossesses chez les adolescentes se produisent dans le cadre du mariage, il n’est pas rare que les premières naissances survenant dans le mariage aient été conçues avant celui-ci. La grossesse chez les adolescentes incite souvent les parents à marier leurs filles. Ce phénomène est constaté partout dans le monde, où les communautés considèrent la grossesse hors mariage comme une honte. Il arrive même que les filles soient contraintes de marier leur violeur pour éviter que la famille ne subisse l’ostracisme associé à la grossesse hors mariage.